Les jours passent et se ressemblent.
Plus rien n'en vaut vraiment la peine.
Je ne vis que pour le jour où les jours cesseront, c'est une pensée qui n'a plus aucune chance de me quitter. Si je m'efforce parfois de la taire, ce n'est certainement pas nier son existence qui la fera cesser.
Rien n'a plus d'importance.
Rien n'a plus de valeur.
Rien n'a plus de goût.
Je ne ressens plus rien pour rien. Pour tout, qu'importent les mots.
Juste le vide.
Le rien.
Je n'ai aucun désir de guérison.
Aucun espoir.
Rien.
Je ne suis plus rien, juste une ombre qui passe par là.
Comme un mort-vivant, le corps avance tout seul.
L'esprit, lui, s'en fout.
L'âme, elle, est meurtrie. Elle voudrait mutiler, détruire ce corps qui la retient et s'échapper à nouveau.
Prendre du repos.
Que de lieux communs !
Et pourtant, que de souffrance, au point que c'en est intolérable. Et la souffrance est, elle, unique à chacun.
Je ne veux pas de cette vie, je n'ai rien à faire ici, ni maintenant.
Je veux partir. Je veux partir !
Pourquoi suis-je revenue ici, si c'est pour vivre ça ?
J'en ai assez. Je voudrais rien qu'une fois, ne penser qu'à moi. Moi, et rien ni personne d'autre. Et mon désir le plus purement égoïste et réalisable est de mourir. Pourquoi suis-je trop lâche pour prendre enfin cette initiative ? Pourquoi suis-je malgré tout retenue ? Non, ce n'est pas que mon instinct de survie, même s'il y est pour beaucoup. Je sais que je vais regretter quelque chose, mais je ne sais pas quoi. Ou peut-être que si. Et je crois que c'est ce qui me fait peur.
